Rencontrer un recruteur dans l’optique de vous vendre, vous mobilise sur l’objectif de décrocher le job à tout crin, et vous met donc dans l’état d’esprit de chercher à convaincre votre interlocuteur, et chercher à convaincre contient le risque de vous faire tomber dans le registre de la justification à la moindre objection de sa part.
Entretien d’embauche. Arrêtez de vous vendre !
Nombre d’articles et d’ouvrages sur le sujet dispensent des conseils avec cette formule ostentatoire « sachez vous vendre ! » qui semble être le sésame universel pour décrocher un job dans cette société consumériste.
Basés sur le principe du « sachez vous vendre », les conseils dispensés tout au long des lignes que vous lirez, aussi judicieux qu’ils puissent être, perdent malheureusement une bonne part de leur validité.
Pourquoi ? Parce que le fait même que vous vouliez vous vendre, vous fait adopter une mauvaise posture, ne serait-ce que parce qu’à vouloir vendre on n’écoute plus l’autre, on s’écoute surtout soi même. On veut faire passer le message sans s’assurer que celui-ci est bien celui qu’attend l’interlocuteur.
En finir avec la relation « parent-enfant ».
Parce qu’on est surtout obnubilé par l’objectif de réussir, l’entretien de recrutement s’établit malheureusement bien trop souvent sur un rapport d’examinateur à examiné.
Il faut en finir avec cette relation « parent-enfant » car les 2 protagonistes que sont le recruteur et le recruté se perdent la plupart du temps dans un jeu de dupes où l’un cherche à déstabiliser et l’autre à convaincre qu’il est le meilleur.
Au final, chacun repart en n’ayant aucun renseignement valable sur l’un et l’autre parce que la relation aura été avant tout artificielle.
Or, il est possible de se rapprocher d’un rapport sincère qui permettra aux deux personnes de savoir un peu plus qui elles sont et ce qu’elles ont chacune à s’apporter ou pas.
Cela est possible en adoptant la vision du professionnel qui correspond en fait à l’attitude adulte et responsable.
Arrêtez de penser en candidat !
Facile à dire… ?! Pas si difficile que çà !
Il s’agit de s’approprier la vision du/de la professionnel(le) que vous êtes censé avoir face à la situation d’un poste qui vous est présentée, et d’en adopter l’attitude correspondante.
Vous l’aurez compris, il y a du chemin et du travail à faire avant de se retrouver à la table d’un recrutement.
Un travail psychologique d’abord.
Tout est psychologique, enfin presque, le reste n’est qu’affaire de méthodologie.
Pour toute chose, vous pouvez considérer qu’il y a 80% pour la part psychologique, les 20% restants relevant de la part « technique », autrement dit du savoir-faire.
Si l’intention de base est faussée au départ, la posture et tout le reste suivent la même pente par voie de conséquence.
Etre à l'écoute
Car en fait, que souhaite un recruteur ?
Il souhaite recruter pour son entreprise, ou pour son client s’il est chasseur de têtes, l’homme ou la femme de la situation. Ce qui ne sous-entend donc pas nécessairement le/la meilleure ou le/la plus diplômé(e), mais le/la plus adapté(e), c'est-à-dire un(e) professionnell(e) avisé(e) qu’il saura identifier et authentifier clairement. Lui ou elle aussi audite et vous audite !
Et il/elle souhaite ne pas se tromper. Vous non plus !
Se fier uniquement à la correspondance entre vos compétences techniques et vos qualités et celles requises par le poste serait réducteur ; on pourrait presque dire que c’est la petite partie émergée de l’iceberg. Là encore, le psychologique l’emporte. Un poste est bien plus qu’une somme de tâches à accomplir et de responsabilités à assumer.
C’est aussi et surtout, un contexte humain et managérial dans lequel il va falloir se mouvoir, une stratégie d’entreprise qu’il faudra intégrer et des impératifs financiers avec lesquels jongler notamment.
Et ce qui compte pour un recruteur, c’est d’engager non seulement la personne qui saura accomplir la mission, mais qui saura s’adapter au contexte, à l’équipe en place et en particulier au N+1 et au N-1, qui saura adhérer à la vision de l’entreprise et qui en aura compris les enjeux.
Or, rencontrer un recruteur dans l’optique de vous vendre, vous mobilise sur l’objectif de décrocher le job à tout crin, et vous met donc dans l’état d’esprit de chercher à convaincre votre interlocuteur, et chercher à convaincre contient le risque de vous faire tomber dans le registre de la justification à la moindre objection de sa part.
Tant que vous n’avez pas identifié réellement avec le recruteur, les besoins du poste à pourvoir, la stratégie de développement de l’entreprise et sa politique RH dans le cadre desquelles celui-ci s’inscrit, vous ne savez pas encore s’il est fait pour vous et si vous aurez réellement envie d’entrer dans cette structure. Vous n’avez donc à ce stade rien à vendre, rien à perdre, tout à gagner, sous entendu en informations.
Ces informations qu’il faut chercher à glaner, vont vous permettre de vous positionner par rapport à cette offre.
Ce ne sont pas en effet, les quelques lignes d’une annonce ou d’un job board d’entreprise qui vous éclaireront sur la réalité concrète d’un contexte particulier de recrutement, à fortiori si vous décrochez un RDV suite à candidature spontanée.
Le prix de la « vente »
La perspective qui va suivre devrait vous aider à quitter l’attitude d’un candidat au profit de celle d’un professionnel.
La perspective d’une période d’essai rompue pour raison de mauvais « casting ».
Cela coûte cher à l’entreprise, mais coûte encore bien plus cher au recruté qui le vivra comme une perte et comme un échec qu’il aura, suivant sa sensibilité, son histoire et le contexte, éventuellement du mal à dépasser. S’il n’est pas bien géré et tourné à son avantage car on peut de toute erreur ou difficulté, en tirer un enseignement profitable, ce sentiment d’échec pourra avoir pour conséquence, une perte de confiance en soi et pour résultat une seconde période d’essai rompue ; et ce n’est pas rare. Vous reconnaîtrez là, le cercle vicieux des actes manqués récurrents, très pénalisant pour le CV qu’il sera de plus en plus difficile d’expliquer à vos futurs recruteurs!!
Redéfinir les objectifs
Précisons les objectifs par étape.
-L’objectif d’une candidature n’est pas de décrocher le job, mais de décrocher un entretien.
-L’objectif d’un entretien, au moins du premier d’une série, n’est toujours pas de décrocher le job, mais de vérifier avec le recruteur qu’il y a, pour résumer, réciprocité d’intérêts et de vision entre lui et vous sur le poste à pourvoir.
-L’objectif d’une période d’essai est enfin, de décrocher le job.
Ce n’est donc pas « sachez vous vendre » qu’il faudrait donner comme formule de conseil mais « sachez bien auditer ! ».
-Auditer le marché de l’emploi pour bien se positionner face aux besoins en compétences des entreprises,
-puis cibler ceux avec lesquels vous seriez le plus en adéquation,
-puis en identifier et en valider l’adéquation avec les recruteurs,
-et enfin présenter sa candidature comme une valeur ajoutée au poste en termes, non seulement d’opérationnalité, mais aussi de potentiel d’évolution contribuant autant que l’acquis, au développement de l’entreprise.
Valérie Roué -Resp. emploi & carrières etp |