Il faut considérer avant toute chose, le sens que l'on donne à sa vie professionnelle. Et ne jamais motiver un changement dans le but de satisfaire uniquement des convenances matérielles, qui viendraient gréver son projet professionnel. Evoluer. Les bonnes questions à se poser. Tôt ou tard, la nécessité de faire évoluer son activité professionnelle s'impose à toute personne en poste, ou non.
Toutefois, si le fait de vouloir changer, bouger est légitime, il ne doit pas pour autant devenir un principe, changer pour changer, qui ne répondrait pas à cette réelle nécessité d'évoluer.
Evoluer simplement parce qu'il faut évoluer s'apparente à un carriérisme qui est en fait l'opposé d'une démarche réfléchie et autonome, ce qui risque par conséquent, de déposséder la personne de son devenir professionnel.
Autre exemple, changer de job uniquement pour une raison de mal-être relationnel ou de stress, serait changer par dépit, et prendre un nouveau poste par défaut.
Certes, si de mauvaises conditions de travail peuvent être des motifs légitimes de changement, encore faut-il ne pas les appréhender seulement sous l'angle réactionnel émotif mais sous l'éclairage mental.
Il faut pouvoir envisager la part qui revient à soi-même dans la possibilité d'améliorer ces conditions, avant de se jeter sur les offres d'emploi.
On peut avoir d'heureuses surprises, mais aussi se surprendre soi-même en découvrant sa capacité insoupçonnée jusque là de transformer les choses. Et si rien ne peut changer, que vous ne pouvez pas influer sur les évènements, il ne sera pas dit que vous ne n'aurez pas tenté de le faire ; bonne manière de gérer le deuil de son vécu particulier dans une entreprise.
De plus, cette reconsidération de l'environnement professionnel est un travail qui permet de bien finir les choses, de boucler le dossier et de bien tourner la page, pour soi et pour ceux qui auront travailler avec vous, s'il s'avère que vous devez finalement partir.
La durée moyenne de vie à un poste est d'environ 4/5 ans, mais se fier au seul facteur temps, pour décider d'évoluer, témoignerait d'une incompréhension du sens que l'on donne à sa vie professionnelle.
A l'inverse, il serait risqué de ne pas s'interroger sur sa situation et son parcours même si tout va bien et que l'on est satisfait du poste qu'on occupe depuis longtemps. Il faut donc se poser grosso modo chaque année, les bonnes questions dont la nature des réponses déterminera le moment et la direction de l'évolution.
Aujourd'hui, certains peuvent aller jusqu'à refuser une promotion, reste à juger de la pertinence du refus, mais aussi de savoir si la promotion en est réellement une…
Risqué diriez-vous ? Certes. Ce n'est qu'en émettant une grande réserve et doté d'un solide argumentaire issu d'une mûre réflexion, que l'on peut se permettre de refuser une promotion.
Quel que soit le cas d'un souhait d'évolution, et à fortiori dans le cas opposé du refus d'une offre promotionnelle, il faut pouvoir démontrer la réciprocité d'intérêts qui existe entre vous-même et votre société, ou une autre.
S'offrir le luxe de se poser la question
« Pourquoi évoluer ? »
qui ramène au sens premier de son choix professionnel.
Ne jamais motiver un changement dans le but de satisfaire uniquement des convenances matérielles ; autrement dit, même si vous devez impérativement quitter votre poste en raison d'un trop grand éloignement géographique, d'une mutation de votre conjoint, de confort pratique de vie personnelle par exemple, prenez malgré tout le temps de la réflexion pour mûrir un vrai projet professionnel avant de vous jeter sur vos candidatures, et occultez ces contingences qui risquent de fausser la pertinence de votre jugement dans votre choix professionnel. La rémunération peut tout à fait s'inclure dans ces exigences matérielles ; rechercher un poste pour la seule valeur ajoutée salariale qu'il offrirait, risque de desservir son parcours s'il ne constitue pas une réelle évolution de compétences et/ou de niveau de responsabilité(à moins d'avoir passé très peu de temps dans sa fonction actuelle et trouver meilleure rémunération à poste équivalent).
Toutes les occasions ne sont pas pour autant des opportunités !
A toute proposition d'embauche, demandez-vous comment vous pourriez la « revendre » à un futur recruteur qui lira votre CV dans lequel elle devra s'inscrire …
quand les réponses à vos questions annuelles clignoteront comme autant de signaux d'alerte vous indiquant que c'est le moment. Quels peuvent-être ces signaux ? Quand vous vous apercevez que vous déléguez de plus en plus, vous laissant disponible pour d'autres responsabilités qui ne sont pas au RDV, que l'intérêt intellectuel arrive à saturation, que la part des questions que vous considériez comme le cœur de votre fonction deviennent subsidiaires sans être pour autant remplacées par de nouvelles responsabilités à réelle valeur ajoutée, que l'organigramme hiérarchique vous bloque dans votre évolution et que vous ne pouvez manifestement pas remplacer votre N+1, parce que vous avez intérêt suivant le marché et vos années d'expérience à rechercher une complémentarité de compétences, parce que l'ennui vous gagne et que vous avez fait le tour de tout ce que vous avez pu renouveler et faire évoluer…
« Comment évoluer ? »
en se posant la question préalable
« qu'aurais-je envie de faire évoluer dans mon poste si je devais y rester ? ».
Il y a un triple intérêt à cette question :
- 1 er intérêt : même si l'on a pris la décision de quitter son poste et/ou son entreprise, celle-ci permet de limiter le désinvestissement dû au détournement de son regard vers d'autres horizons professionnels, mais également dû au sentiment de frustration d'avoir fait par ex. le tour de son poste.
- 2 nd intérêt : celui de saisir l'occasion de porter un regard différent sur son activité professionnelle un peu à la manière dont on procéderait pour une démarche qualité et d'en extraire la « substantifique moelle ». Cela aura pour vertu de faire prendre du recul par rapport à son vécu professionnel pour en extraire ses atouts, identifier les différents aspects (managerial, financier, technique, commercial, conceptuel …), les hiérarchiser par le volume qu'ils occupent, puis par le volume et la direction qu'on souhaite leur voir prendre dans son futur job, y compris ceux qui n'existeraient pas dans celui présent. Faites de même pour vos compétences (gérer, manager, négocier …) et vos qualités intrinsèques.
- 3 ème intérêt : « séparer le bon grain de l'ivraie », c'est à dire discerner ce qui provient de son approche du travail qui finit inévitablement par un mode routinier faussant quelque peu l'appréhension qu'on a de son vécu professionnel, de ce qui provient réellement d'une atteinte des limites du poste par rapport à son potentiel d'évolution. En d'autres termes, l'exercice de prise de recul par rapport à votre activité peut vous faire découvrir, contre toute attente, que votre poste avait encore des ressources inexplorées, ou bien au contraire vous confirmer, mais avec objectivité, votre raison de changement.
C'est aussi le moyen de mieux vivre son travail, de relativiser et de se rendre plus disponible d'esprit pour se projeter dans le futur ; en effet, un présent mal vécu obscurcit l'avenir.
Valérie Roué -Resp. emploi & carrières etp
|