
Gérer l'adversité au travail ou comment lutter contre la perte de confiance en soi.
Rien ne va plus au travail ? Les urgences s'accumulent, les pressions hiérarchiques vous écrasent et l'ambiance entre collègues en pâti ou pire encore, vous avez la sensation angoissante qu'on tente de vous déstabiliser ?
De quelque manière qu'on aborde l'analyse d'une situation, que ce soit sous l'angle de l'évolution professionnelle ou de la gestion des problèmes, on s'aperçoit qu'elle ramène toujours à la question du sens et de la place qu'on accorde à cette dimension.
Et si l'on veut aller plus loin, du point de vue philosophique, derrière cette question se cache celle du sens que l'on donne à sa vie tout court.
Le point de vue psychologique et philosophique
Pour vous réconforter un peu, sachez que l'on n'est jamais autant soi-même que face à l'adversité. Les épreuves considérées sous l'angle de ce qu'elles peuvent vous apporter, affermissent le caractère, font gagner en maturité et élargissent le champ de conscience.
« Notre plus grande victoire n'est pas de ne jamais tomber mais de savoir nous relever chaque fois sans amertume » Confucius.
Pour commencer, autant il est tout à fait légitime de cultiver une certaine insatisfaction pour faire progresser les choses, autant vaut-il mieux réfléchir à deux fois avant de se plaindre.
« Et si vous deviez décrire votre poste à un recruteur ? »
En effet, imaginez tout simplement que vous deviez avoir à convaincre un recruteur de vous embaucher. Vous vous apercevriez que vous auriez tout intérêt à présenter votre job sous son meilleur jour. Et à bien y regarder, vous lui trouveriez beaucoup plus d'atouts que vous ne le pensiez, à commencer par les qualités qu'il vous a fait développer par le dépassement de certaines difficultés.
Certes, les cadences d'activités déraisonnables au détriment de la qualité du produit peuvent heurter votre conscience professionnelle et vous donner le sentiment du travail bâclé engendrant lui-même un sentiment de frustration, voire de culpabilité et de colère rentrée.
Or, les affects en ce cas ne sont pas bons conseillers.
« La raison veut décider ce qui est juste, la colère veut qu'on trouve juste ce qu'elle a décidé » Sénèque
Aussi comment peut-on positiver quand tout se ligue contre vous et que vous ne pouvez agir sur les événements ?
Tentons d'y apporter des éléments de réponse.
Rompre avec le fatalisme pour renouer
avec
l'optimisme et l'action.
Dans la tempête, le premier réflexe est de chercher un abri sûr. Il faut se recentrer dans l'œil du cyclone où tout est plus calme. Là, il s'agit de réfléchir au meilleur point de vue et à la stratégie adéquate à adopter.
Il est indispensable d'adopter une posture psychologique qui puisse dédramatiser les choses.
Identifiez clairement ce qui a pu être facteur de réussite dans votre parcours et ce que votre activité vous apporte de positif.
Passez en revue vos acquis et vos actions abouties et réussies ainsi que la manière dont vous gérez les difficultés. Il faut éviter de se perdre dans un vain sentiment de culpabilité qu'une remise en question hors sujet pourrait générer.
Le premier objectif est de sortir du cercle vicieux en renouant avec la confiance en soi qui permet de retrouver l'assurance dans ses choix, dans son positionnement et dans ses actes.
C'est en fait rompre avec un mode de fonctionnement passif et son corollaire que sont souvent le fatalisme et la résignation, pour retrouver en soi les leviers de la performance.
Il est effectivement pernicieux de distiller le principe selon lequel on ne peut pas changer les choses autour de soi. Chacun dispose d'un levier si petit soit-il pour influencer et agir là où il est, et là où la vie l'a placé.
Identifier et qualifier clairement les causes d'une difficulté, d'un malaise ou d'une souffrance, « mettre des mots sur des maux », constitue déjà en soi, une amorce de solution.
« La connaissance des mots conduit à la connaissance des choses. » Platon
Prendre du recul en introduisant un peu d'humour qui peut du même coup contribuer à détendre une atmosphère.
Se lever le matin avec l'idée de pouvoir contribuer à la bonne humeur par une neutralité bienveillante peut créer d'heureuses surprises et vous faire des alliés.
Il faudrait toujours pouvoir faire les choses sérieusement sans trop se prendre au sérieux.
« A quoi servirait l'intelligence si l'imbécillité n'existait pas ? » Pierre Dac.
Se connaître
Il y a plusieurs manières de considérer les difficultés suivant que l'on se trouve :
dans un état d'esprit serein
comme des défis à relever si l'on aime atteindre des objectifs,
comme des challenges si l'on aime le sujet en soi
comme des problèmes à résoudre si l'on aime le fait de chercher,
dans un état d'esprit pessimiste
comme des obstacles
comme des contraintes
comme des nuisances
« Il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions. L'esprit de l'homme invente ensuite les problèmes » André Gide
Revendiquer le droit d'être soi-même
Cultivez la différence pour aller à l'encontre du conformisme ambiant et le vôtre qui n'est que le résultat de la peur d'être jugé. Or, la différence enrichit le groupe par la diversité qu'elle lui procure et favorise par conséquent la créativité et la performance par la valorisation du profil de chacun.
« Agir librement, c'est reprendre possession de soi, c'est se replacer dans la pure durée. » Henry Bergson
Dites-vous que :
vous avez le droit à l'erreur
vous avez le droit de changer d'avis
vous avez le droit à la différence
vous avez le droit de dire NON
vous avez le droit de vous affirmer
vous avez le droit à vos limitations
« Il est toujours plus plaisant de suivre que de guider » Montaigne
Cultiver un certain détachement.
Quand on connaît l'origine des problèmes, on offre moins de prises aux attaques et aux freins et on peut plus facilement s'en détacher. Simultanément, et part voie de conséquence ceux-ci finissent par disparaître ; les agresseurs se lassent, les pressions se déplacent, les problèmes se dissolvent.
« Si quelqu'un t'agresse, ne cherche pas à lui répliquer (ce serait entrer dans son jeu). Assieds-toi au bord d'une rivière et tu ne tarderas pas à voir passer le cadavre de ton agresseur … » Lao Tseu
Il peut en aller de même pour les contraintes que nous nous imposons à nous-mêmes.
Se recentrer pour séparer le bon grain de l'ivraie.
Commencez par identifier les causes du malaise et des difficultés vécues en cherchant à discerner entre la part qui vous revient et celle liée au contexte.
Les difficultés inhérentes à votre personnalité peuvent être révélées par des précédents récurrents ou une transversalité de réflexes comportementaux dans des sphères de vie différentes. Cela peut vous aider à les distinguer du contexte.
Décrivez ce que vous ressentez, la manière dont vous percevez les choses, dont vous voyez les autres collègues, les relations, les fonctionnements entre services…
Levez les à priori qui brouillent vos perceptions des choses et de votre entourage.
Il n'y a en effet rien de pire que de douter de soi et des autres pour de mauvaises raisons.
Le doute peut être dans une certaine mesure car il permet de conserver un état d'esprit toujours prêt à se remettre en cause pour préserver sa capacité d'apprendre et de s'adapter. Encore faut-il qu'il porte sur les bonnes causes.
Trop de doute devient du scrupule paralysant l'action. L'excès de doute peut donc devenir destructeur en provoquant une faillite en cascade de tous les aspects qu'on pensait pourtant solides de la personnalité, jusqu'à sa compétence.
Trouver le juste équilibre.
On le sait bien, tout un chacun peut pécher par excès ou par défaut de confiance en soi suivant les circonstances. Il faut donc pouvoir à la fois se regarder avec lucidité pour tenter de corriger certains tirs, tout en étant indulgent avec soi-même car nul n'est parfait. Cette approche consiste en un exercice de sincérité avec soi-même ou encore une prise de conscience objective de soi faite d'humilité pour savoir s'accepter avec ses forces et ses limites.
En bref, s'accepter petit est un pas vers un plus grand Soi.
Le but étant de trouver le juste équilibre qui permet d'agir.
« Chaque classe d'hommes tombe dans un excès qui lui est particulier. On peut connaître la vertu d'un homme en observant ses défauts » Confucius
Dresser la check-list de ses points forts.
Installez-vous dans l'état d'esprit positif de celui qui cherche à faire un constat dépassionné afin de devenir force de solution.
Faites le tour de ce que vous avez pu apporter de constructif tant d'un point de vue concret que du point de vue de votre présence et de votre rôle.
Dressez la liste de vos points forts :
des connaissances sur lesquelles vous vous appuyez,
des compétences que vous maîtrisez,
des qualités et aptitudes que vous avez développées et des circonstances s'y rapportant
des relations les plus fructueuses (et qualifiez-les)
Nouez des complicités, rendez service, ne restez pas seul face à l'adversité !
S'affirmer sans s'imposer,
savoir dire NON !
Rien n'est plus pénalisant que de se poser en victime car cela voudrait dire qu'on ne ferait que subir au lieu d'agir. C'est s'interdire le droit de participer à la résolution des problèmes que l'on rencontre et de vivre dans la dépendance ; celle du comportement des autres et celle des évènements. On fait porter à l'extérieur la responsabilité de tous les maux, laissant ainsi échapper la chance de progresser qu'offre la remise en question de soi. Cette attitude qui peut trouver son origine dans le vécu de l'enfance enferme dans une dévalorisation de soi qui confine au négativisme. C'est le ni moi ni personne.
Par comparaison comparative aux autres postures de vie que sont :
Moi avant tout le monde : l'excès de confiance en soi,
Moi après les autres : le défaut de confiance en soi
Ni moi ni personne : à défaut de pouvoir progresser, préfère empêcher le progrès des autres
Moi avec les autres : l'affirmation de soi positivement participative
Or, chacun a son évolution et son avenir entre ses mains.
« Il ne suffit pas de se demander ce que son pays peut faire pour soi, mais se demander aussi ce que l'on peut faire pour son pays » JF Kennedy
La posture de victime est aussi ce qu'on appelle en psychologie le comportement « enfant ». Ceux qui font subir les choses avec reproche faisant plutôt partie de la catégorie « parent ».
L'affirmation de soi correspond à rechercher l'état « adulte » de celui qui assume la responsabilité dans tout ce qu'elle implique de valorisant comme de plus ingrat.
L'affirmation de soi diffère du contrôle qui en verrouillant par crispation, risquerait de mener à la rigidité, à l'autoritarisme ou au blindage qui ne sont rien moins que d'autres expressions de la fragilité.
L'affirmation de soi correspond au fait de savoir être soi-même et de savoir dire les choses dans le respect d'autrui, à commencer par savoir dire non.
Harcèlement moral, discrédit ? Réagir face à l'exclusion.
Discernez là encore ce qui peut provenir de votre implication de celle d'un tiers dans cet état de choses. Il ne s'agit pas de faire son propre jugement ou de se venger mais d'apporter un éclairage rationnel à une situation qui peut basculer dans le cauchemardesque.
Identifiez qui, comment et pourquoi ? Dites-vous qu'il y a beaucoup de consignes données afin de pousser des salariés à la démission pour diminuer tout simplement les effectifs en évitant des licenciements. Tout ceci peut n'être qu'un jeu dont vous n'êtes pas personnellement la victime désignée mais que vous subissez les dommages collatéraux d'une politique dont tout le monde a peut être renoncé à en comprendre le sens.
Toutefois, faites ce bilan de situation et parlez-en ! Ne vous laissez pas enfermer dans l'isolement !
Prendre des risques
Invoquer les contraintes et les difficultés, permet souvent de se disculper de ne pas entreprendre ce que nous indique pourtant secrètement notre ambition. Celle-ci se perd en velléités qui finissent par étouffer l'action.
« Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles. » Sénèque
Il est certes moins aisé de dire non, une fois qu'on a donné la trop mauvaise habitude de dire amen à tout. Autre cercle vicieux qui par le fait de s'être laissé envahir, amène à être totalement submergé et dispersé.
Il est possible d'en sortir en étant force de suggestion. En invoquant par exemple la nécessité de ses priorités pour l'avancement du projet et celle d'optimiser la performance de son travail par une meilleure gestion.
Vous aurez au préalable cerné les tâches qui s'éloignent de votre cœur de métier et/ou qui ne vous incombent pas directement, hiérarchisé vos priorités et rappelé les limites de votre définition de poste pour suggérer une meilleure gestion de la répartition du travail qui soit profitable à tous.
Mieux gérer son temps
Rationaliser les tâches, définir et hiérarchiser les priorités permet d'éviter à l'étau du temps de se resserrer et peut ainsi diminuer le sentiment d'urgence.
La gestion de son emploi du temps est un des aspects sur lesquels on peut jouer afin de pouvoir dans une même journée, dans une même semaine, lever le nez du guidon pour penser à autre chose qu'à ses soucis et notamment pour réseauter utile.
A ne pas remettre au lendemain !
« A force de remettre à plus tard, la vie nous dépasse » Sénèque
Valérie Roué - Responsable emploi & carrière
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