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Conseils
    Sans pour autant se prendre pour Maître Zen du management, pour transformer les choses, il s'agit d'adopter l'attitude qui permet de trouver la volonté de changer ce que l'on peut changer, d'accepter ce qu'on ne peut changer et de savoir discerner entre les deux.

Petite histoire anthropologique du rapport au travail et aux relations.

« L’homme n’est pas fait pour travailler, la preuve ça le fatigue ».
Trait d’humour de Voltaire, relayé par Courteline et Tristan Bernard qui rappelle que si l’on s’en tenait à son étymologie, travail signifiant « torture » qui vient du latin trepalium (instrument de torture), on ne travaillerait pas beaucoup.
A partir de quand parle t-on d’activité et quand ne parle t-on plus de travail ? Sans doute selon un certain degré de pénibilité. Tout est affaire de point de vue et du sens qu’on donne à son travail.

Si cela est juste de toujours essayer de donner du sens à ce que l’on fait, malheureusement certaines activités ne peuvent être considérées que comme un travail en raison de leur fort degré de pénibilité ; c’est le cas des actions physiques mécaniques répétitives qui peuvent entraîner des TMS (troubles musculo-squelettiques), naturellement, mais aussi d’actions moins physiques mais tout aussi mécaniques devant un écran d’ordinateur (saisie, lecture et tris d’e-mails, phoning en open-space…) et qui peuvent entraîner des troubles physiologiques et intellectuels, de l’attention au détriment de la créativité.

La robotisation change de registre, et même gagne du terrain semble t-il dans l’évolution des postes de travail. Peut-on encore parler d’évolution dans certains cas ?!

En revanche, toute activité requiert un effort positif en ce qu’il pousse les individus à se dépasser. On peut même parler alors de plaisir dans l’effort par le défi d’exigence qu’il représente.

En cela, l’entreprise et le monde du travail représentent une grande scène du théâtre de la vie humaine où chacun doit saisir sa chance d’y jouer un rôle collaboratif.

Cependant, nous ne sommes pas égaux face au travail en général, nous ne le sommes pas non plus face à la latitude de diminuer la part « travail » au profit de la part « métier » ou « activité » et encore mieux « vocation ».
Tout ceci révèle le constat qu’aujourd’hui encore, malgré des progrès techniques et informatiques, une majorité de personnes vit à tort ou à raison son activité professionnelle comme une contrainte, laissant peu de place à la part vocationnelle.

Or, tant que le fonctionnement d’une société s’établira surtout sur le mode parent-enfant et non pas adulte-adulte, elle ne favorisera ni la responsabilité, ni la liberté qui en découle, mais au contraire le « subi » au détriment du « choisi », à travers la victimisation et le sentiment de contrainte qui l’accompagnent.

Et si un diplôme d’études supérieures, à fortiori de Grande Ecole garantit l’activité stimulante intellectuellement parlant, il n’assure pas forcément la bonne qualité des conditions relationnelles et contextuelles et n’affranchit donc pas de la pénibilité, celle-là psychologique et parfois bien plus grave qu’un TMS. C’est ce qu’on appelle le risque psycho-social.

Ajoutons que le lien de subordination employeur-employé plongeant ses racines dans la servitude médiévale, n’arrange rien.

Attention ! Ceci ne veut pas dire que le principe du lien employeur-employé soit mauvais en soi, mais que c’est la nature de son rapport de subordination qui fausse les choses car il n’y a pas encore aujourd’hui, suffisamment de réelle altérité.
La relation employeur-employé devrait révéler une réciprocité d’intérêts mieux bâtie sur le rapport plus respectueux, plus courtois, au minimum « vendeur-client » pour choisir des termes qui s’accordent avec notre monde « tout économique », et mieux encore, sur le rapport « offreur-offreur », plus humaniste, puisque en l’occurrence on a tous quelque chose réciproquement à s’offrir ; un service contre un autre, une activité contre une rétribution.

Le fait de parler de « marché du travail » est symptomatiquement révélateur de la prédominance de « l’alimentaire » sur le vocationnel ; une part de nous-mêmes va encore trop à la chasse pour se  nourrir, les chasseurs-cueilleurs ne sont pas si loin !

Il faut être vigilant car poussée à son paroxysme, la logique du tout économique pourrait tout justifier, à l’extrême mener au « tout utilitaire » et à une chasse aux coûts aveugle, grignotant toujours un peu plus le sens de l’activité humaine.
A ce compte là, nous n’aurions plus beaucoup d’Einstein ou de Leonard de Vinci.

On a jamais tant parlé en long et en large du bien-être ou du mal vivre au travail, et de l’introduction des méthodes plus ou moins exotiques dans l’entreprise pour aider les salariés croulant sous la charge de dossiers toujours plus urgents. La préoccupation des entreprises pour pallier au surmenage des salariés est louable en soit et il ne faut surtout pas nier l’effort fait pour rendre l’entreprise toujours plus citoyenne ; là le progrès est en marche.

Or, soigner n’est pas synonyme de guérir ! Il serait plus judicieux en effet de s’attaquer simultanément aux causes, sans quoi les divers soins et méthodes antistress, si bons soient-ils, risquent de se réduire à des cautères.
Certes, si l’on poursuit cette logique, c’est jusqu’à la loi du marché et à la dépendance des entreprises vis à vis de l’actionnariat et de la sphère financière déconnectée du réel qu’il faudrait remonter. Cela changera un jour, mais à long terme et par une prise de conscience collective.

Que peut-on faire ici et maintenant ? 
Améliorer les choses, commence par soi-même là ou l’on se trouve et par la prise de conscience des forces en présence et de la manière de les considérer : mondialisation, urgences économiques, travail… ne sont pas une fatalité.
L’erreur serait de tomber dans la résignation.
La réussite, serait de se dire que tout ce qui peut me tirer vers le bas, comme la pression générale distillée à travers des modes de management basés non pas sur la compétence mais sur la manœuvre, et légitimée par le tout économique, favorisant le séparatisme, les comportements destructeurs et régressifs dignes de l’âge de pierre, ne passeront pas par moi !

Sans aller jusqu’à se transformer en Maître Zen du management, il s’agit là où l’on se trouve, de pouvoir adopter l’attitude qui permet de trouver et/ou préserver la volonté de changer ce que l’on peut changer, d’accepter ce qu’on ne peut changer (le lâcher-prise), et de savoir discerner clairement entre les deux.

A commencer par le bon stress qui agit comme un stimulant nécessaire au dynamisme, et le mauvais stress, qui n’est autre qu’un excès. « Allegro ma non tropo ! »

Par exemple, apprendre à mieux gérer son temps, à mieux hiérarchiser les priorités, à cultiver son discernement pour éviter les redondances, à repérer les dysfonctionnements, à négocier des marges de manœuvre plus importantes, et surtout mieux entrer en relation de bonne intelligence. Cela s’appelle être plus « assertif », du verbe anglais « to assert » qui signifie s’affirmer dans le respect d’autrui ; savoir dire les choses simplement, évite les non-dits susceptibles d’aboutir à des implosions par ce qu’on n’aura pas su dire « non » à temps.

Dédramatiser.  En effet, introduire de la raison permet de repousser les peurs irrationnelles qui le génèrent.

Ce sont effectivement les affects, les émotions de peurs, associés aux enjeux intellectuels qui transmettent à nos nerfs l'ordre de monter la pression et qui font remonter à notre cerveau des informations que sa part archaïque traduit comme une alerte à la vigilance.

Face à ces potentielles agressions, le cerveau archaïque, dit aussi reptilien (parce que le plus ancien dans la genèse de sa construction), renvoie à notre corps pour le sauvegarder, des signaux d'état d'urgence par les voies, nerveuse et hormonale, qui génèrent un état de raidissement général alternant avec des cycles de compensation liés aux rythmes circadiens.
Ces signaux sont par exemple des contractures musculaires, de l'hyper-tension, des insomnies, des réactions nerveuses impulsives, de l’agressivité, de la fatigue chronique... qui correspondent à un mécanisme de survie hérité du lointain passé de l'homme, qui était nécessaire pour se préserver des prédateurs à l'époque.
La somnolence diurne subie et non choisie compense l’insomnie.
Or, dans ce cas,
dormir c’est fuir !
Et l’insomnie est en l’occurrence un symptôme éloquent de vigilance/veille nocturne.

Aujourd’hui peu de risque de rencontrer un dinosaure au détour d’un couloir, encore que…

Ce mécanisme de protection, active des réflexes physiologiques, efficaces certes pour répondre ponctuellement à l'urgence de préserver l'intégrité de la personne, mais qui, s'ils s'installent sur la durée, peuvent passer du simple trouble à un véritable désordre psycho-physiologique qui s’inscrit dans le corps.
C’est ce qu’on appelle « somatiser » (soma : corps).

Cela relève d'un niveau bien en deçà du seuil de la conscience, et de notre cerveau cortical (le plus récent de sa genèse), outil de notre réflexion et donc hors de sa préemption ; c'est pourquoi tout le métabolisme du corps s'en trouve modifié sans que l'on ait prise sur lui, influant à son tour sur les émotions…parfois jusqu’à un état dépressif!

Et déjà Leibnitz avait identifié cet automatisme en disant « Nous sommes automates dans les trois quarts de nos actions. »

L’exemple  du syndrome fibromyalgique correspond au degré le plus haut sur l’échelle de la réaction au stress, et par lequel la personne voit son mécanisme d'autoprotection tellement sollicité que celui-ci s'emballe et que le corps en garde une mémoire sous forme de douleurs permanentes (rémanence).
La personne reste en "mode haute vigilance",  et consomme son capital énergétique si vite qu'elle entre dans le cercle vicieux de ne plus pouvoir trouver, ni les ressorts émotionnels, ni les ressources corporelles pour en sortir.
Bien connu des psychologues du travail, ce nouveau syndrome (non objectivé, à la différence d’un symptôme), qui progresse au galop, qu’on ne veut pas reconnaître comme maladie et qui embarrasse fort les médecins, serait-il le syndrome récessif typique des peurs résultant de la pression économique et de la course folle contre le temps de notre monde moderne ?

Les situations pathogènes qui jouent sur les peurs, que l’on rencontre particulièrement dans le monde du travail et des affaires, nous renverraient-elles donc aujourd'hui à notre part archaïque d'homme des cavernes comme un rappel au fait que nous pouvons, en notre ère technologique que nous pensons hautement civilisée, être rattrapés par la sauvagerie ancestrale ?
Anachronisme historique !

Autre manière de voir : on peut aussi considérer que ces situations pathogènes nous renvoient  à nous-mêmes comme une injonction à nous ressaisir, à nous affranchir de ces automatismes animaux pour gagner toujours plus en humanité.
L'homme doit toujours lutter contre la gravité pour se tenir debout.
Qui n'avance pas recul !

Et l’individu face à cela ? Il ne doit surtout pas tomber dans le piège de la victimisation et accuser l’environnement ou autrui d’être fautif de tous ses maux.
Penser en victime c’est perdre sa responsabilité, et donc sa capacité de résoudre un problème
qui nous touche de près, même si l’on est en position de « plaignant légitime » ; aller mieux procède de la considération de soi-même. Faire part de ses griefs à partir d’une analyse de la situation et proposer des amorces de solutions sera plus entendu.
Avec cet état d’esprit résolument ouvert au dialogue, prospectif et affirmé, on peut même trouver dans un contexte difficile, des ressources et des ouvertures inattendues, qu’elles soient d’ordre relationnel ou organisationnel.
Changer positivement, c’est aussi permettre aux autres de changer autour de soi.

Diagnostiquer son style de comportement, c’est découvrir la clé de son rapport à l’autre.
Parce qu’on se connaît mieux, on subit moins les choses ou l’agressivité d’un tiers.

Tout est affaire de perception. Nous avons tous nos filtres à travers lesquels nous voyons le monde.
Ne faites pas une affaire personnelle de ce que les autres voient ou disent de vous car ce n’est qu’un jugement issu d’une projection de leur propre réalité existentielle.
Cultivez le détachement ; en vous identifiant moins à votre égo, les choses auront moins de prise sur vous, et parce qu’elles auront moins de prise, vos agresseurs se détourneront.
De même, s'investir dans son travail n'est pas s'identifier à son travail. Et en s'y identifiant moins, on s'y investit mieux.

Comme le dit Lao Tseu : « Si quelqu’un t’a offensé, ne cherche pas à te venger, assied-toi tranquillement au bord d’un fleuve et tu ne tarderas pas à voir passer son cadavre ».
 
Le fleuve de la vie sait très bien se charger de tous !


Valérie Roué -Resp. carrière & emploi etp